... C'est qu'une relation sexuelle, cela veut dire un minimum d'égalité, un échange, du respect. Il n'y a rien de tout cela dans le viol. Violer, c'est tout à fait autre chose : c'est utiliser sa force physique, ou son autorité dans la société, pour rendre concret, physique, son désir de dominer. C'est exercer une domination très particulière sur l'autre, la domination la plus invasive, jusque dans le corps de l'autre, provoquant une déchirure jusque dans la tête. Le violeur est un malade de la domination...
Il a fallu que ce soit une fillette de onze ans qui soit enlevée, violée, assassinée ; que le violeur avait déjà été dénoncé dans d'autres affaires, et qu'on sache que la gendarmerie et la justice n'avaient rien fait entre temps, pour que la colère explose : avec des manifestations devant de très nombreux tribunaux, ce mois de juin 2026.
Les responsables et les politiques ne discutent que d'une chose : comment mieux repérer les violeurs, comment les punir plus lourdement ? Mais qui pose la question de comprendre ce que c'est que le viol, pourquoi il y a en a tant ? Pourquoi y a-t-il en France 160 000 enfants par an qui sont victimes de viols, d'agressions sexuelles (sans pénétration) ou d'atteintes sexuelles (sur des personnes mineures) ? Pourquoi la très grande majorité se passe dans la famille ou avec des proches ? Pourquoi y a-t-il aussi 100 000 enfants battus, victimes d'autres violences physiques ?
Pourquoi compte-t-on 100 000 femmes victimes de viols par an ? Pourquoi ce sont presque toujours des hommes qui violent des femmes (95%), très rarement l'inverse ? Et pourquoi c'est à peu près la même chose dans les autres pays ?
Ces situations ont quelque chose en commun. Ce sont des gestes, des actes, de domination, où on affirme et on montre qu'on est supérieur à l'autre : domination de l'adulte sur l'enfant, domination de l'homme sur la femme (et quelque fois l'inverse, mais quand même domination).
Et il y a encore cette question : un chanteur connu, qui pouvait disposer à ses pieds d'autant de femmes qu'il pouvait souhaiter, pourquoi éprouve-t-il le besoin de violer ? Pourquoi choisit-il comme victime des simples stagiaires, des femmes qui travaillent aux bas de l'échelle ; en leur disant qu'on ne les croirait pas si elles le dé-nonçaient : "tu n'es rien, moi je suis quelqu'un !"
C'est qu'une relation sexuelle, cela veut dire un minimum d'égalité, un échange, du respect. Il n'y a rien de tout cela dans le viol. Violer, c'est tout à fait autre chose : c'est utiliser sa force physique, ou son autorité dans la société, pour rendre concret, physique, son désir de dominer.
C'est exercer une domination très particulière sur l'autre, la domination la plus invasive, jusque dans le corps de l'autre, provoquant une déchirure jusque dans la tête. Le violeur est un malade de la domination.
Alors, d'où peut venir ce besoin de domination ? Sans doute, de la nature : l'enfant humain, à sa naissance, a besoin d'une très longue période avant de pouvoir vivre de façon autonome, contrairement à de nombreux animaux. Il est dépendant des adultes pour longtemps. Il est en situation d'infériorité.
Mais la grandeur de la société humaine n'est-elle pas dans le fait d'être capable de dépasser les héritages que nous a laissés la nature ? Dans les grands moments de son histoire, l'humanité a mis en avant l'idée, justement, d'égalité. Quand Spartacus mène la révolte des esclaves contre les propriétaires d'esclaves. Quand la Révolution française écrit : Liberté Egalité Fraternité.
Sauf que notre société actuelle ne met pas en place l'Egalité. Bien au contraire, elle construit des dominations partout. Et d'abord, au cœur du système : dans l'usine, dans les bureaux, au travail. Chacun a un chef au-dessus de lui : il n'y a aucune égalité au boulot. Et cela commence par la première inégalité : entre celui qui touche sa petite paye, sans aucun droit, et celui qui est le propriétaire de l'entreprise, qui décide de tout.
Pourtant, une autre manière de vivre peut exister. Un seul exemple : dans la communauté New Harmony fondée par Robert Owen aux Etats-Unis, dans les années 1820 ; chacun reçoit de quoi vivre décemment, sans tenir compte de sa richesse de départ, et les moyens de produire appartiennent à la collectivité.
C'est la construction même de la société capitaliste, où chacun en domine d'autres, qui crée bien des maladies sociales, le viol entre autres. C'est cette construction qu'il faut dénoncer aussi.