... Dès sa formation, le jeune pompier apprend à voir son travail à l'inverse de la société où nous vivons tous. La réussite individuelle, celle qui sert juste à dépasser les autres, on n'en veut pas. Parce qu'on ne veut pas d'inégalités. Le pompier doit être prêt à agir avec tous, en toute occasion, en étant dévoué pour toutes les victimes.
C'est un petit monde qui fonctionne un peu autrement, qui est ainsi fabriqué. Un monde qui refuse et rejette celui qui se comporte en "tout pour ma gueule", TPMG...
Quand on est enfant déjà, on admire les pompiers. On voit en eux le courage d'affronter le feu. On admire le fait qu'ils risquent leur vie. Et plus encore, que c'est pour sauver les autres, pour nous sauver, qu'ils peuvent faire cela.
Ce qu'on ne sait pas encore quand on est enfant, c'est que tout cela, les pompiers le font pour autre chose que pour l'argent. Plus des trois quarts des pompiers en France sont des volontaires. Ils sont 201 000, payés moins que le smic, à 8,71 euros de l'heure en 2026. Celui qui fait 80 heures dans le mois, ce qui est déjà pas mal, arrive à peine à 700 euros. Le plus souvent, il se porte volontaire en faisant ailleurs un autre travail, ou en suivant des études.
On remarque aussi une chose : il y a très peu de cadres qui se portent ainsi pompiers volontaires, et aucun bourgeois. Presque tous sont d'un milieu simple, des petites classes moyennes. Dans leur travail professionnel, ils connaissent et ils vivent, comme nous tous, une inégalité complète : chacun à sa place dans une échelle qui monte jusqu'au patron.
A la caserne, c'est différent. Il y a des chefs, bien sûr ; on est d'abord sapeur, puis caporal, sergent, et ainsi de suite. Mais lorsqu'une équipe est envoyée combattre un feu, ou intervenir dans un accident de circulation, tout le monde est à égalité. Il arrive même qu'un volontaire commande un professionnel.
Car pour être efficace, et face aux dangers, chacun doit être vu et se sentir aussi important que les autres. Lorsqu'un pompier doit aller au feu avec un appareil respiratoire isolant (ARI), il a un collègue qui est responsable de lui, et qui vérifie son robinet d'air, son ajustement, la pression du manomètre. Chacun n'est qu'une partie d'un groupe uni, d'un corps unique. On ne travaille qu'en équipe.
Comme partout, il y a des pompiers qui jugent plutôt mal certaines personnes, immigrés, cas sociaux. Mais dans l'action, c'est une morale au service de tous qui est là. Et elle ne tolère pas d'exception. Cette morale, les pompiers en sont tous fiers.
Dès sa formation, le jeune pompier apprend à voir son travail à l'inverse de la société où nous vivons tous. La réussite individuelle, celle qui sert juste à dépasser les autres, on n'en veut pas. Parce qu'on ne veut pas d'inégalités. Le pompier doit être prêt à agir avec tous, en toute occasion, en étant dévoué pour toutes les victimes.
C'est un petit monde qui fonctionne un peu autrement, qui est ainsi fabriqué. Un monde qui refuse et rejette celui qui se comporte en "tout pour ma gueule", TPMG.
Il arrive que des gens veuillent profiter des pompiers de manière très égoïste ; comme cet automobiliste : gêné par un sans-abri devant son garage ; il les a appelés en disant qu'il était sur le point de mourir. Les pompiers enragent quand ils ont affaire à ce genre de situation.
Et s'il arrive qu'un pompier particulier ait réussi un sauvetage assez exceptionnel, il n'est pas question d'en faire, ni un héros, ni une vedette ; c'est le corps des pompiers qui a gagné. Ce que montre ce monde, c'est que lorsqu'il est question de choses graves, de la vie et de la mort, on ne juge plus des gens selon leur place dans la vie, ou selon leur diplôme. On fonctionne avec d'autres valeurs que celles à laquelle la société nous oblige tous.
Les associations de bénévoles aussi fonctionnent ainsi. Avec de l'altruisme, la capacité à agir pour le bien d'un autre, sans en tirer de profit. Avec de l'empathie, le fait de comprendre et ressentir ce que sent une autre personne.
Ces valeurs, on les retrouve en fait dans tous les métiers qui réparent les dégâts de la société : chez les personnels hospitaliers, ceux qui s'occupent des personnes âgées, des handicapés, des enfants maltraités, etc.
Pour se survivre et soigner une partie de ses dégâts, le système capitaliste a besoin de principes tout autres que ceux qu'il met en avant.