... Au bout du compte, si on prend tous les élèves qui sont entrés en CP en 2011 : 81% des enfants de cadres auront leur bac en 2023 ; mais seulement 57% des enfants d'ouvriers qualifiés auront ce bac ; et pire encore 50% des enfants d'ouvriers non qualifiés auront le bac...
Pendant longtemps, l'école et son système ont pu sembler être un espoir : celui de donner la même chance à tous les jeunes. L'école était une exception dans une vie entière complètement inégalitaire : où les riches deviennent de plus en plus riches, de plus en plus vite et dans des proportions de plus en plus folles. Et où ils laissent derrière toute une partie de la population qui vit de plus en plus mal.
Mais cet espoir, on voit aujourd'hui qu'il est une illusion. Les élèves du lycée de Créteil, d'où est parti le mouvement des lycées, ont voulu dénoncer d'abord l'inégalité. Les élèves de Seine-Saint-Denis et d'autres banlieues populaires dénoncent aussi l'inégalité entre les banlieues et Paris : des bâtiments en mauvais état, des matériels qui manquent, qui sont usés, abîmés, des professeurs qui ne sont pas là, des classes trop nombreuses.
Certains dénoncent la sélection que fait le système de Parcoursup : cette machine qui choisit finalement où vous allez ou pas après le bac, elle fait peur : peur de l'avenir. On nous dit qu'elle est impartiale, puisque c'est la même machine pour tous. Mais les jeux sont truqués, car ils sont déjà faits, à ce moment-là.
C'est tout le fonctionnement de la société qui crée de l'inégalité. Les parents des milieux favorisés passent énormément de temps à choisir les bons spectacles, les livres les plus importants, les loisirs plus intelligents, les jeux qui servent plus à apprendre qu'à se distraire, et à bien parler. Les parents de milieu populaire vont dire à leurs enfants qu'il est important de lire, mais ils sont harassés par le travail et par la vie, et ils n'ouvrent pas eux-mêmes un livre.
Si on prend dix élèves de milieu favorisé qui ont des difficultés au CP, 7 d'entre eux les auront réglées en CM2. Par contre, dans un milieu défavorisé, seulement 4 sur les dix arriveront à régler ces difficultés.
En classe de 6ème, 41% des enfants de cadres sont bons en français ; leurs parents sont dirigeants, ont des postes de responsables, ou des professions intellectuelles supérieures. Mais seulement 10% des enfants d'ouvriers sont bons en français. Quatre fois moins ! Dès l'entrée au collège, l'inégalité est déjà bien installée.
Après la 6ème, cette inégalité ne va faire que s'aggraver. Dans les établissements déjà : dans les collèges les moins favorisés, il y a près de 60% d'enfants d'ouvriers ou de personnes sans travail ; par contre, ils ne sont que 12% dans les collèges plus favorisés. De plus, dans les collèges et lycées moins favorisés, on met des profs jeunes, sans longue expérience, et rarement volontaires. Et c'est exactement l'inverse dans les établissements qui sont favorisés.
Au bout du compte, si on prend tous les élèves qui sont entrés en CP en 2011 : 81% des enfants de cadres auront leur bac en 2023 ; mais seulement 57% des enfants d'ouvriers qualifiés auront ce bac ; et pire encore 50% des enfants d'ouvriers non qualifiés auront le bac.
Et ça continue ensuite. Même si on ne prend que ceux qui ont obtenu une mention "très bien" au bac, la moitié de ceux qui sont d'un milieu très favorisé vont s'inscrire en classe préparatoire aux grandes écoles. Mais dans les milieux défavorisés, ils sont deux fois moins à le faire. Car ce qui paraît naturel pour les uns est complètement étranger ou inconnu, pour les autres.
Tous ces chiffres sont mesurés, connus, étudiés, dans le ministère de l'Education nationale, à la DEPP, Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance. Les jeunes n'ont pas connaissance de ces chiffres. Mais ils voient au moins une partie de la réalité sur les images de leur portable.
En clair, le système de l'école garde les inégalités sociales qui existent au départ. Et il les reproduit, à peu près les mêmes, quand ce n'est pas pire, à l'arrivée. L'école ne peut pas corriger le système. Il faut réfléchir à revoir toute la société et ses règles inégalitaires.