... Ensuite, oui, il y a des jeunes, contrôlés par la police en bas de chez eux, matin, midi et soir, qui cherchent à se venger. Il y a aussi des gens qui sont devenus de vrais bandits, sans aucune morale. Et il y a encore ceux qui pensent que leur méthode est un moyen de lutter contre le capitalisme, les blacks blocs. En clair, il y a un peu tout le monde. Et les choses peuvent bouger. Une partie de ceux qui défilent calmement comprend la rage qu'ils voient autour d'eux. Il arrive même qu'un policier se sente mal à l'aise à devoir exécuter certains ordres...
Cela fait des années qu'à chaque manifestation, on nous dit qu'à côté des vrais manifestants, il se trouve des casseurs, des blacks-blocs, des émeutiers. D'ailleurs, cela se voit à l'image : d'un côté, les uns défilent calmement. D'un autre côté, les autres, qui viennent en partie de l'étranger, s'affrontent avec la police, cassent des vitrines, pillent des magasins.
Seulement voilà. Jusqu'à présent, ceux appelés casseurs étaient assez peu nombreux, bien moins que les manifestants. Et malgré quelques dégâts, ils restaient contrôlés par la police.
Mais pas le 17 octobre 2026 ! A Lyon, le préfet a annoncé 20 000 émeutiers, à Marseille, la préfecture parle de 30 000 émeutiers : 50 000 casseurs, ou blacks-blocs ou voleurs, donc, rien que pour 2 villes ! Il faut peut-être arrêter de répéter ces mots et se poser des questions sérieuses. Pourquoi cette haine ? D'où vient cette rage ?
Dans le mouvement lycéen, déjà, on nous montrait des "casseurs". La police dit en avoir interpellé 7000, presque tous mineurs. Une partie n'était pas du lycée qu'ils bloquaient. Ce que personne n'a dit, c'est qu'une partie n'avait jamais pu aller au lycée. Et que d'autres en avaient été exclus. Que dans les lycées professionnels, beaucoup ont été mis d'office, à des études qu'ils n'ont pas demandées : en carrosserie alors qu'ils voulaient faire mécanique, en mécanique alors qu'ils voulaient faire pâtisserie.
En tout, le système scolaire met à la porte 76 000 élèves, chaque année. Sur une période de scolarité de cinq ans, cela donne près de 400 000 jeunes sans aucune qualification. Des casseurs, ces jeunes ? peut-être certains ont cassé. Ce sont, en tout cas, des exclus. L'école n'a pas su les garder, leur donner une chance, elle qui prétend en donner à tous.
Et des exclus, il y en a bien d'autres. En 2018 et 2019, les Gilets jaunes avaient eu un nombre de victimes considérable : 5 personnes ont eu une main arrachée, 24 ont perdu un œil. Eux, on est à peu près certain, ce sont des travailleurs. Il ne serait pas idiot de leur part, s'ils sont revenus le 17 octobre, qu'ils aient abandonné le gilet jaune, qui faisait d'eux une cible pour les LBD de la police. Et de se fondre parmi les autres en s'habillant en noir. Eux aussi, ont de quoi se sentir exclus. Ils ont lutté pendant des mois, pour le prix de l'essence, et ils la retrouvent à des prix fous.
Les médias aiment nous montrer les vitrines de luxe qui sont pillées. Mais au milieu de ces images, on peut voir un Franprix, où les rayons de pâtes et de conserves sont raflés : pour faire de bonnes affaires à revendre ? ou parce qu'on en manque, autour de soi. On a aujourd'hui en France 10 millions de pauvres (moins de 1330 € pour une personne seule). Et parmi eux, 2,5 millions ont moins de 660 € par mois. N'est-ce pas une exclusion que de devoir vivre ainsi !
Et il y a encore les exclus du travail dont on ne parle pas non plus : la plupart des 3,3 millions qui n'ont pas d'emploi vivent cette situation comme un drame. Plus de rôle dans la société, de quoi perdre l'estime de soi.
Ensuite, oui, il y a des jeunes, contrôlés par la police en bas de chez eux, matin, midi et soir, qui cherchent à se venger. Il y a aussi des gens qui sont devenus de vrais bandits, sans aucune morale. Et il y a encore ceux qui pensent que leur méthode est un moyen de lutter contre le capitalisme, les blacks blocs. En clair, il y a un peu tout le monde. Et les choses peuvent bouger. Une partie de ceux qui défilent calmement comprend la rage qu'ils voient autour d'eux. Il arrive même qu'un policier se sente mal à l'aise à devoir exécuter certains ordres.
Le travail, le logement, le climat, la crise économique, les guerres... Tout le monde est inquiet pour l'avenir, et les jeunes plus encore.
Le désordre, il vient de loin. Il commence par le tréfond de cette société, basée sur l'injustice, la réussite du soi-disant meilleur, qui n'est souvent que la réussite de celui qui est né au bon endroit. Et il va jusqu'au moment où des catégories entières doivent survivre au lieu de vivre.
Le désordre, il vient de tous les responsables du système capitaliste et de ses injustices. En dix ans, la fortune des 40% les plus riches a doublé ; dans le même temps, les 10% les moins riches ont perdu 18%. Et la colère les surprend !
Nous pensons qu'il est possible de s'adresser à l'intelligence et au cœur de la population. Pour la gagner le plus largement possible, à vouloir une société basée sur des idées d'égalité, de fraternité, de collectif, au lieu de l'individualisme, de la concurrence, du chacun contre tous et des égoïsmes partout.