...Il arrive qu'une manifestation soit trop dirigée, avec de fortes sonos, par un syndicat par exemple. Il suffit souvent de se déplacer un peu. Et l'on se libère de ceux qui veulent nous commander. On oublie la hiérarchie sociale, partout présente dans la vie quotidienne, au travail et ailleurs. Celle ou celui qui est près de soi n'est ni supérieur à nous, ni inférieur. Et en même temps, une vraie mixité existe, on se sent à l'aise avec des gens d'âge différent, des métiers différents, d'autres niveaux de vie. La manifestation est un moment de vie égale. Et donc vraiment libre. On se sent plus grand, quand on manifeste...
Lorsqu'une manifestation se passe calmement, les journalistes disent qu'elle se passe "dans la bonne humeur", que l'ambiance est "bon enfant". C'est faux, ça ne dit rien de ce qui se passe de formidable, en nous et entre nous.
Déjà, descendre dans la rue et manifester, cela se fait parce qu'on est en colère : contre ceux qui prennent les décisions, ceux qui nous font vivre dans une situation difficile. Et qu'on est indignés par ce que l'on trouve injuste.
La bonne humeur, il peut y en avoir entre nous, entre ceux qui manifestent. Mais c'est quelque chose d'autre, de bien mieux, qui se passe le plus souvent quand nous manifestons. On découvre, on retrouve, un climat à nous : nous sommes là, à dire ce que nous pensons, à être nombreux, à nous prouver déjà que nous partageons avec d'autres les raisons d'être choqués, que c'est humain de ressentir ce que nous ressentons.
La manifestation, c'est un moment spécial : on n'est plus seul à devoir râler, seul à devoir subir, à accepter sans avoir un responsable en face de nous. Leur système les protège, au point que nous ne les voyons pas, nous ne les connaissons pas. Ils voudraient qu'ainsi on accepte tout plus facilement.
Eh bien, en manifestant, même s'ils ne nous ont envoyé que la police, on sent qu'on les tient en respect. Nos mots, nos banderoles, nos pancartes, notre présence, arrivent à leurs yeux, à leurs oreilles. Ils ne peuvent plus nous ignorer.
Ce qui se passe alors nous fait nous sentir chacun plus digne, et ensemble, plus forts. Cette force, on la doit aux autres, qui sont venus comme nous, avec nous. Alors, il arrive souvent qu'on l'on ait envie de se parler. On se comprend, tous différents que nous soyons, on se comprend et on se soutient. Un sentiment rare existe alors, que l'on connait peu dans la vie quotidienne. On lutte ensemble, on ressent la possibilité de faire changer des choses, parce qu'on est ensemble.
On découvre aussi que des gens sont là alors qu'ils ne sont pas directement concernés : ils sont venus par solidarité, parce qu'ils sont des humains, et qu'ils viennent en aide à d'autres humains. On peut soi-même être venu aussi par solidarité. C'est une forte émotion qui nous prend, dans un moment pareil.
Il arrive qu'une manifestation soit trop dirigée, avec de fortes sonos, par un syndicat par exemple. Il suffit souvent de se déplacer un peu. Et l'on se libère de ceux qui veulent nous commander. On oublie la hiérarchie sociale, partout présente dans la vie quotidienne, au travail et ailleurs. Celle ou celui qui est près de soi n'est ni supérieur à nous, ni inférieur. Et en même temps, une vraie mixité existe, on se sent à l'aise avec des gens d'âge différent, des métiers différents, d'autres niveaux de vie. La manifestation est un moment de vie égale. Et donc vraiment libre. On se sent plus grand, quand on manifeste.
Et puis, la manifestation nous apprend des choses sur la société. On voit les moyens qui sont donnés à la police quand elle est chargée de nous contrôler, des moyens énormes, en hommes, en matériels. On voit comment ceux qui nous dirigent essaient de limiter notre liberté, en voulant même regarder nos pancartes, avant de nous laisser rejoindre la manifestation. On voit comment leurs informations présentent et déforment notre mouvement. Comment ils passent quelques secondes à donner la parole à deux ou trois manifestants. Et des heures et des heures à faire parler des politiques, des soi-disant spécialistes ou des commerçants qui ont peur.
La Révolution française avait écrit dans la Constitution de 1793 cet article 35: "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs".
Cet article, il a été enlevé très vite. Mais tant que la société restera injuste, il restera dans la nature humaine que de refuser l'injustice.